Revue de presse

Pourquoi assiste-t-on à une « épidémie d’obésité » en France ?

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Mercredi 30 juin, la Ligue contre l’obésité a publié une enquête alarmante sur la progression de la maladie en France ces dernières années. L’obésité concerne désormais un Français sur six, soit plus de 8,5 millions d’individus. Et « près d’un Français sur deux (47 %) est en situation de surpoids et ou d’obésité », affirme la Ligue.

Face à l’augmentation des chiffres dans le monde, l’Organisation Mondiale de la Santé n’hésite pas à qualifier l’obésité comme « la première épidémie non contagieuse ». « En effet, nous sommes face à la diffusion d’une pathologie nuisible, et que l’on n’arrive pas à endiguer », confirme David Nocca, professeur de chirurgie digestive au CHU de Montpellier.

Une maladie avec des causes multifactorielles

Mais comment expliquer un tel phénomène ? « L’obésité est une maladie complexe, avec des causes multifactorielles », explique Mélanie Delozé, secrétaire générale de la Ligue contre l’obésité, interrogée par La Dépêche. Tout d’abord, il y a possiblement une prédisposition génétique. « La recherche découvre de plus en plus de gènes impliqués dans l’obésité. Et l’on voit bien que nous ne sommes pas tous égaux : certaines personnes mangent sans prendre de poids et d’autres l’inverse ».

Ensuite, il existe des causes environnementales, sociétales et métaboliques, qui viennent s’agréger. « La prise de médicaments, l’arrêt du tabac, le stress, les perturbateurs endocriniens, la pollution, égrène Mélanie Delozé. Mais également les violences et les traumatismes, telles que les agressions sexuelles. Des pathologies peuvent également s’ajouter, comme des problèmes de thyroïde ou du diabète. Notre société d’aujourd’hui fait que nous sommes beaucoup plus en contact avec ces causes qu’il y a quelques années. »

« Avec le Covid-19, les malades se sont retrouvés seuls avec leur angoisse et sans suivi médical »

Le Covid-19 a également eu un effet néfaste sur la maladie. « Les Français ont été sédentaires et ont pris entre 5 et 10 kilos en moyenne pendant le premier confinement », affirme le professeur David Nocca à La Dépêche. L’obésité n’étant pas reconnue comme une infection longue durée, le confinement a provoqué l’arrêt des soins. Les interventions de chirurgie d’obésité ont été annulées. « Plus de prise en charge diététique, psychologique, plus d’activité physique… les personnes se sont retrouvées seules avec leurs angoisses, leur stress, et sans suivi médical », déplore Mélanie Delozé. De plus, pendant le confinement, les violences envers les femmes et les enfants ont explosé. « Une grosse partie des personnes souffrant d’obésité ont été victimes préalablement de violences physiques et sexuelles. Cela aura un impact dans le futur », assure la secrétaire générale de la Ligue.

En outre, les personnes souffrant d’obésité sont plus vulnérables au Covid-19, comme pour la grippe. « Car la maladie est un état inflammatoire chronique qui favorise ces différentes pathologies », explique Mélanie Delozé. « Le seul effet positif, c’est que cela a bien fait comprendre aux gens que l’obésité était une vraie maladie », souligne le professeur David Nocca.

« Le poids se prend de plus en plus jeune »

Selon l’enquête, les femmes sont un peu plus touchées par l’obésité (17,4 %) que les hommes (16,7 %), mais ces derniers sont davantage sujets au surpoids (36,9 %, contre 23,9 % des femmes). Les raisons ? La société n’est pas la même selon que l’on soit une femme ou un homme selon Mélanie Delozé : « Les femmes, dès qu’elles passent en situation de surpoids, ont la pression du regard des autres. Elles se mettent en restriction, et basculent plus vite dans l’obésité à cause des régimes. »

Du côté des enfants, la situation est alarmante : 34 % des petits de 2 à 7 ans sont en surcharge pondérale, dont 18 % sont en situation d’obésité. « Mais cela diminue fortement vers 8 à 15 ans », tempère la secrétaire générale de la Ligue. « C’est l’évolution spontanée de la croissance ». La diététicienne de formation préconise ainsi aux parents de ne pas s’inquiéter et de ne pas mettre leurs enfants au régime trop tôt. « La tranche d’âge qui nous fait peur, ce sont les 18-24 ans, puisque c’est celle qui a le plus augmenté depuis 2012 », affirme-t-elle. « Le poids se prend de plus en plus jeune ».

Se diriger vers le soin médical et non vers les régimes minceur

Pour Mélanie Delozé, il est primordial de changer de regard sur l’obésité, « comme cela a pu être fait avec le VIH il y a 30 ans ». « Il ne faut pas culpabiliser les gens obèses, car il s’agit d’une vraie maladie », soutient le professeur David Nocca. La Ligue contre l’obésité souhaite ainsi que les pouvoirs publics reconnaissent l’obésité comme une infection longue durée, au même titre que les autres pathologies chroniques. « La personne souffrant d’obésité doit se diriger vers le soin médical, et non vers les régimes minceur, qui ont fleuri ces vingt dernières années, et qui ne font qu’augmenter l’obésité », insiste la diététicienne.

Les malades doivent donc se tourner vers des professionnels de santé formés, pour une prise en charge globale. « Étant donné que les causes de l’obésité sont multifactorielles, la prise en charge doit être pluridisciplinaire », explique le professeur de chirurgie digestive. Selon lui, la recherche doit être intensifiée afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’obésité.

La maladie a des conséquences importantes : diabète, hypertension artérielle, cancers… Elle entraîne des pathologies associées, « qui coûtent également chères à la sécurité sociale et qui limitent l’espérance de vie », déplore Mélanie Delozé. « Les personnes malades souffrent de discrimination à l’emploi. On les voit peu : les transports en commun ne sont pas adaptés, ils ne peuvent pas aller dans les sites culturels ou sportifs, … Cela majore l’isolement et favorise encore l’obésité derrière. »

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